Mercredi 29 avril 2009
Ca y est, j’y suis dans l’avion qui me mène à Tanger… encore en transition d’un monde à l’autre. J’aurais pu
pourtant commencer à écrire avant, tant ce voyage me secoue les trippes depuis plusieurs semaines. Se lever tous les matins avec une boule au ventre, angoisses ou stress incontrôlables. Je dois
vaincre mes peurs que je peine parfois à qualifier ou à expliquer. Peur de devoir entreprendre ce périple seule, peur d’avoir mis la barre trop haute, peur de ne pas atteindre les objectifs que
je me fixe. Ces deux mois qui me semblaient si longs paraissent se rétrécir à mesure que j’égrène les étapes sur la carte. Les obstacles à gérer et galères imprévisibles se dressent tels de
mauvais rêves. La fatigue accumulée depuis le rallye ne me laisse pas de répit pour vivre sereinement les choses, ni la combativité pour les organiser. Les choses m’échappent, il me faut lâcher
prise et accepter de ne pouvoir tout contrôler, que ce ne soit pas parfait. J’ai tendance à me sécuriser en emmenant trop de choses, mais si je devais me séparer de la mule ? si elle
n’avançait pas correctement ? et si, et si…le mental s’emballe !! Je passe encore quelques coups de fil à droite gauche pour me rassurer,
avec plus ou moins de succès… Non, définitivement, il va falloir lâcher prise et puiser au fond de moi-même l’énergie qui me pousse jusque sur les chemins de l’Atlas, rechercher dan
s les raisons profondes et parfois obscures qui me minent la joie et la sérénité pour
bien vivre ces moments exceptionnels. C’est sûr, je me mets la pression, mais pourquoi ? Voilà que j’ai peur de tout et surtout de me retrouver
seule face à moi-même. Je ne voudrais quand même pas me gâcher ces moments privilégiés de retour à la simplicité, à la rencontre, de paysages
splendides, de pause salutaire dans une vie que je m’organise trépidante. J’ai peur de retomber dans mes crises de nerfs du rallye, où nombre de mes certitudes se sont effondrées, mettant à jour
mes limites et mes fragilités. C’est tout cela que je dois accepter aujourd’hui et emmener aussi dans mes bagages. Je n’ose mettre trop d’espoir et
d’attente dans cette « traversée du désert », laissons-là se dévoiler à sa façon.
Vendredi 1er mai 2009
Dans l’avion qui me mène à Agadir, je prends conscience. Le projet prend corps. Le boulot est définitivement lâché après une dernière intervention chez Atlas pour les formations. Je viens de franchir les montagnes du Haut Atlas qui m’attendent, encore saupoudrés de blanc. Ces derniers temps j’agissais dans un état second, alternant les périodes de sérénité lors de la préparation des bagages, avec fébrilité et désespoir lors de petites galères comme les points et tracés GPS de Joël qui ne voulaient pas se charger. Mon tri sélectif a fonctionné puisque je n’ai pas payé de surcoût de poids à l’aéroport. Première petite victoire qui met en confiance, on se raccroche à ce qu’on peut face à l’inconnu. Au fur et à mesure que je lâche prise, je me transforme, plus sereine, même si ce n’est pas l’euphorie. A présent que j’entre dans l’action, j’y fais face avec une certaine tranquillité. Quelles drôles de forces me poussent donc à mettre en œuvre ce voyage ! J’aurai envie de dire comme à chaque fin de voyage avec Sarah, « l’année prochaine, on part aux Caraïbes ». J’essaie d’envisager l’environnement qui me semble hostile en atmosphère sympathique et aimante. Cela marche pas mal : les policiers, douaniers, personnels au sol n’ont jamais été aussi aimables et conciliants.
Débarquement à Agadir qui ne m’est pas inconnu, puisque nous y sommes passés il y a un mois pour nous rendre
à Essaouira. Je choisis un grand taxi pour me rendre à la station de bus, mais il me conseille d’aller à la station des bus collectifs pour aller plus vite car les cars sont lents. Effectivement
le jour de la mosquée cumule avec le jour férié et tous les magasins sont fermés, la ville vit au ralenti. Après avoir attendu 45 minutes que le taxi se remplisse, j’embraye par une série de
taxi (baptême pour moi puisque jusqu’à présent j’utilisais le 4X4. Arrêt à Taroudant, où le temps de faire quelques course, le taxi pour Ouled Bratim
est rempli. Mais à Ouled B., il faut attendre près de 2h ( la fin du repas) pour partir à Tafingoulte. Sur la place du village, des jeunes m’aident à porter les bagages jusque chez Mohammed et
Fatima.

Je les surprends en pleine sieste, affamée, il est 15H. Je pose les bagages, grignote un peu, discute puis vais découvrir mon mulet. Il est grand et se porte beaucoup mieux que le
précédent. Nous passons le reste de l’après midi à faire connaissance (le mulet et moi !) ce qui ne va pas sans mal car je n’ai pas toujours les gestes adéquats : trop brusque, j’essaie de
soigner ses blessures avec la bombe désinfectante qui lui fait peur, il me fait peur en me donnant un coup de sabot pour se dégager..
Enfin, les débuts sont un peu houleux,
ce qui achève de me stresser. Mes hôtes sont inquiets pour moi ! c’est communicatif...
Dans la famille GOUBIALI, je demande les fils...
Abdel Ali (12 ans), Akrane (10 ans) et Aïmeda (5 ans)

Samedi 2 mai 2009
Journée beaucoup plus détendante aujourd’hui. On entre dans le vif du sujet en mettant le bât sur le mulet qui se débat bien au départ ! Mais dès qu’on commence à marcher, avec le chargement potentiel, les choses rentrent dans l’ordre. La mule avance tranquillement et bravement. Pourtant on ne lui a pas encore mis la bride. Avec le licol elle tente de manger à droite et à gauche. Cela m'ennuie de lui mettre la bride car je la trouve gênante dans sa mâchoire et cela la fait baver en tirant la langue. Mais visiblement, elle est habituée ainsi et sait que quand elle a la bride, elle travaille et doit obéir ! la balade dure 1H30 et se passe très bien, ce qui achève de me mettre en confiance. Doucement, c’est moi qui m’apprivoise à son contact : ne pas la caresser sous le ventre, approcher doucement les blessures à soigner, faire attention aux sabots qui tapent pour chasser les mouches. Une grande leçon : on la contient par l’estomac. Elle se jette sur le blé, le foin, tout ce qui croque et dont nos ânes français ne voudraient même pas. Fatima (l'épouse de Mohammed) lui donne les épluchures de légumes. Par contre, elle ne veut pas du sucre qu’elle ne connaît pas.
Abdel Ali à qui j’explique qu’en France on donne des noms aux animaux la baptise spontanément et aussitôt « Mimi » ce sera dons « Mi Mi la MUL » (marcheuse ultra légère) car apparemment ce ne sont pas mes bagages qui vont la fatiguer. Mais rapidement, c'est plutôt Mémère que je l'appellerai...
Au cours de la promenade, on tente de faire passer Mimi dans un canal d’irrigation qui court le long du chemin mais elle refuse tout net, n’y voyant pas de logique !
Je pensais faire la sieste mais je commence à étudier les cartes avec Mohammed qui a pris en main le nouvel ordinateur que je lui ai offert en remerciement de ses démarches pour me dégotter LA mule idéale. Il se charge de m’indiquer les coordonnées GPS des points qui m’intéressent. Inquiet, il souhaite que quelqu’un m’accompagne si possible à partir d’Aït Amarane pour traverser le djebel Siroua ; sinon j’en ferai le tour par des chemins muletiers plus passants. Nous allons visiter deux chauffeurs qui pourraient transporter le mulet, un demande 100€ et l’autre 50€, il faut dire que c’est un ami de Mohammed. L’affaire se conclut à la nuit. Il est temps que je commence à marcher, je voudrais bien faire tomber les angoisses qui s’accrochent encore !
Je passe de sympathiques moments avec Mohammed, Fatima et leurs 3 enfants. Ils sont mon dernier port avant de jeter l’ancre ! J’ai l’impression d’être déjà bien loin depuis mon départ de France.
Cette nuit, je fais un cauchemar : un homme menaçant se cache derrière le canapé ! Je crie et
Mohammed sort en trombe de sa chambre pour me protéger et se donne un beau coup à la main au passage...
Dimanche 3 mai 2009
A 7H30, le pick-up arrive pour embarquer la mule. Fatima lui fait ses adieux, en
avouant qu’elle est contente qu’elle parte car tous les matins elle tapait du pied à partir de 5H pour sortir de l’écurie que les Goubiali lui ont fait bâtir exprès par qu’elle ne soit volée.
Et c’est vrai qu’elle réveille toute la maison, moi y compris. Mais en même temps, Mimi lui manquera un peu, elle avait fini par faire partie de la famille. L’embarquement ne pose pas de
problème, Mimi est plutôt placide et un peu aidée, elle finit par monter.
Après mes adieux à la famille Goubiali, c’est le départ de l’aventure ! Mohammed m’accompagne pour faire la première journée avec moi jusqu’à Aït Amarane où demeure la famille de Fatima. Un
autre Mohammed, après avoir déposé les filles dans les fermes de la région (culture d’orange essentiellement), nous conduit sur 80kms au point de départ qui a varié par rapport à l’idée
d’origine. En effet, nous partirons plus au sud, ce qui me gagne une journée à pied et nous permet d’être à Aït Amarane le soir même. Halte à Aouloug, en plein jour de souk, pour y faire quelques
courses diverses et variées : graines pour le mulet, quelques dattes, de la corde. Nous cherchons un mors que je souhaiterais moins gênant pour la bête mais visiblement ils sont tous
fabriqués da la même façon et le mulet y est habitué. Et puis n'oublions pas une carte de téléphone local pour la fille.
Le mulet déposé près d’un café sorti de nulle part au Sud de Siroua, voici mes premiers pas sur la GTAM faite maison ; tout se passe pour le mieux, randonneurs et mule avancent d’un bon pas.
Le sac de Mohammed tombe mais, par chance, un berger s’en aperçoit et nous hèle. Mieux vaut bien arrimer les bagages, ça tangue sec sur le dos de Mémère !
Nous nous engageons dans un magnifique oued, tout proche des gorges de Tislit. Le paysage est bucolique, le contraste de l’oued verdoyant avec les pierres du djbel nous
accompagnera tout au long du trajet. Le long de l’oued, les villages se succèdent. Rebelote, un sac de paille tombe, mais là c’est la mule qui nous avertit ! Première frasque de Mémère qui
tente de se roulet dans le fond sablonneux des oueds qu’elle trouve à son goût, avec les bagages bien sûr ! Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire devant les efforts de Mohamme pour la
relever...
Petite pause casse croûte au bord d’un bassin creusé dans l’oued. Les gosses nous observent en chassant les nids d’oiseaux d’ailleurs ils en trouvent un dans un trou de la roche. Nous poursuivons
ensuite dans une gorge dont les parois forment autant de grottes où les bergers abritent leurs troupeaux. Un peu plus loin, je m’essaie à la chevauchée de la mule, cela se passe plutôt bien.
Pratique en cas de chute ou de blessure !

De village en village se dévoile le massif du Siroua au pied duquel nous atteignons Aït Amarane.
Mohammed fait halte juste devant chez une tante de Fatima. Elle propose que son fils m’accompagne pour franchir le massif au lieu d’en faire le tour comme prévu initialement. Il viendra nous
retrouver dans la soirée s’il est d’accord. Nous créchons ce soir dans la maison du frère de Fatima, qui n’est pas là puisqu’il travaille en ville. La maison est grande et confortable. Il y
a même une grande cour intérieure pour le mulet ! Contraste entre ces habitations modernes en ciment et les maisons traditionnelles en pierre. J’évoque avec Mohammed le gite qu’il
souhaite bâtir ici et le style qui pourrait plaire aux touristes, puis bricole quelques arrangements techniques sur l’équipement du mulet. Mohammed prend des nouvelles de tout le monde et va à la
mosquée, cela fait 5 ans qu’il n’est pas venu dans la région ! L’autre Mohammed (encore un ! -le fils de la tante) vient nous rejoindre et est d’accord pour m’accompagner à travers le djebel
Siroua. Chouette, cela promet d’être une belle rando et je serai en sécurité coté mule et chemin à suivre. Ce soir, je dors mal, impossible de trouver le sommeil, allez savoir
pourquoi.
Lundi 4 mai 2009
Départ à 6H ce matin pour une grosse journée : nous traversons le Siroua ! Cela commence tranquillement le long de la piste pour monter à Tizgui. Le village suivant accueille un mausolée et un pèlerinage annuel. Autrefois, le quartier du haut et le quartier du bas se jetaient des pierres pour apprendre à se battre. Mohammed Goubiali se souvient d’un gars qui en avait eu l’oreille arrachée mais recollée grâce aux soins traditionnels. A cette occasion, une grande marmite est préparée pour les festivités avec du pain.

Mohammed (l'autre !) et Mimi
Les villages de pierre des montagnes sont vraiment magnifiques. Nous faisons halte aux greniers fortifiés de Tizgui, élégant ouvrage qui utilise astucieusement les avantages d’une gorge et des
grottes hautes perchées.
En passant auprès d’une réserve d’eau, Mohammed G. m’explique qu’ils se servent d’un
seau d’eau troué avec du foin au fond pour mesurer le temps de permanence du fermier à l’irrigation : le seau posé sur l’eau du réservoir met un certain temps à se remplir. Il libère en
coulant le foin qui s’achemine par le canal. Lorsque le fermier voit le foin passer, il sait qu'il a terminé son quart.
Malheureusement, le grenier de Tizgui est fermé et la longue journée de marche qui nous attend encore ne nous permet pas d’aller chercher la clé au village. Mohammed découvre que les
noyers qui occupent le fond de la gorge appartiennent à sa famille... C’est ici que nous nous séparons, car il doit retourner à Tafingoulte et la montagne nous attend. Je reste alors avec
Mohammed (mais pas le même - vous suivez ?). Nous faisons traverser la mule, elle grimpe même les escaliers !
C’est parti pour une grosse journée où nous remontons les oueds, suivons quelques crêtes, le long des
ruisseaux et au milieu de la pierraille. La mule découvre avec avidité la bonne herbe grasse des oasis. Elle peine dans les pierriers et nous ne sommes pas trop de deux pour la faire avancer. Il
nous faut même faire le contrepoids parfois pour l’aider à garder l’équilibre sur ce terrain accidenté. Peu à peu la taille du chemin se réduit à rien et la progression est ardue pour la pauvre
bête qui suit quand même tant bien que mal. Je suis bien contente d’avoir Mohammed à mes côtés pour la faire avancer. Elle se campe régulièrement sur ses 4 fers en refusant l’obstacle. Mais à
force de persuasion et de quelques poussées sur le côté…

Les paysages sont extraordinaires, à la hauteur des efforts fournis. Mohammed et Mimi n’en ont cure mais je m’extasie devant la beauté sauvage des lieux. Un géologue y trouverait son bonheur, au
milieu de ses anciennes cheminées volcaniques, les reliefs forment un livre chargé d’histoire. Nous croisons sur une crête un berger qui me demande si j’ai du thé ! Hé non ! je n’ai pas
encore adopté cette tradition marocaine d’emmener partout avec soi de quoi servir le thé à la menthe ! A midi nous offrons un beau casse-croute d’herbe fraîche à la mule, le long d’un
ruisseau. Nous buvons de l’eau à même le ruisseau, en espérant ne pas attraper la tourista.
Mes hanches souffrent, je vais devoir sortir les bâtons. La mule en profite pour se rouler par terre et fouiller dans nos affaires des fois qu’elle pourrait chiner quelques granulés.
Nous surveillons une blessure qu’elle déclare au garrot. Elle est encore maigre er les poils pas bien fournis, le bât lui appuie fortement sur les os. Le problème c’est que dès qu’on touche les
plaies, elle se débat ! La solution est d’appliquer la pommade sur une compresse et de la lui coller. Mais là encore elle se roule pour s’en débarrasser, elle n'est pas encore en
confiance.
Nous cheminons vers un col impressionnant qui ouvre sur les massifs de Toubkal au
loin. La descente est rude et Mimi peine, d’ailleurs, il n’y a pas qu’elle ! Le chemin est à peine tracé. On longe les flancs de la pente jusqu’à atteindre un replat où je décide de passer
la nuit : il est 18H, nous avons 8h de rude marche dans les pattes, l’endroit est parfait : eau, herbes pour le mulet, de la place pour la tente. L’air se rafraîchit avec le vent et la
nuit tombante, nous sommes tout de même à 2700m !

Premier bivouac agréable, Mohammed goûte à la cuisine lyophilisée française et m’aide dans tout avec beaucoup de gentillesse. Il ramène tellement de buissons secs pour la cuisine à ventilateur
que nous pouvons nous offrir un feu après le dîner. L’eau de la montagne peut se boire directement, elle est bonne. J’ai encore du mal à dormir, mes hanches me rappellent à l’ordre, et
puis j’ai un peu froid malgré la couverture que Mohammed m'offre. Quel équipement je dispose par rapport au sien ! Il est vraiment habitué à la rudesse de la vie
montagnarde.
Mardi 5 mai 2009
Lever vers 6H30, le jour vient plus tard puisque nous sommes entourés de massifs. Frisquette ce matin, mais une toilette s’impose tout de même. Je n’ai malheureusement pas de thé à la menthe à proposer à Mohammed ce matin, mais il goute avec bonne humeur à ce que je lui propose. Nous levons le camp à 8h, laissant un cercle de 10m de diamètre d’herbe bien tondue.
Magnifique surprise lorsque nous contournons le piton qui nous abritait. Notre petit torrent le dégringole en
une splendide chute d’eau. Nous gagnons peu à peu les oasis de fonds de vallée, longeant les oueds et les hameaux auprès desquels les paysans cultivent le blé.

C’est une explosion de vert, rouge et jaune des fleurs. Progressivement nous
quittons le massif du Siroua, saluant les gens sur notre passage.
Pique nique au bord d’un torrent où nous lâchons Mimi sans lui mettre les entraves. Evidemment après quelques roulés-boulés et un passage de tondeuse, elle se précipite sur les blés
verts ! Lessive, shampoing, sieste. Le fermier qui est installé le long d’un rocher non loin de nous, sur le long d’un rocher, nous offre le thé. Moments paisibles dans le calme des
lieux. Notre fermier s’en retourne à son irrigation. La plupart des champs sont alimentés par des canaux qui courent le long de l’oued. Nous gagnons un vaste plateau tout de même assez escarpé,
croisons quelques villages.
Petit arrêt à Amassine où se trouve un gros grenier fortifié qui domine le village. En contrebas les femmes
chantent, probablement pour un mariage. Nous rejoignons la piste, très peu empruntée. Un fermier nous hèle pour le thé que nous prenons ensemble accroupis au milieu de son champ. Il n’y a rien
d’autre qu’une théière noircie, une boite à thé et un verre. Une ancienne boîte de conserve fait office de réserve d’eau chaude posée sur une sorte de charbon. Simplicité et magie des moments
partagés. Il s’agit pourtant de leur quotidien mais il est tellement différent du mien qu’il me frappe forcément ! Je vérifie régulièrement avec le GPS (quel contraste !) que nous
sommes dans la bonne direction, m’habituant à manipuler l’outil.

Je pensais rejoindre Aït Qualla mais je suis fatiguée et profite d’une niche du terrain verdoyant grâce au petit courant qui s’y niche pour poser le camp. Les deux relais au loin me permettent de
passer des coups de fil. Anachronisme total : me voici à raconter en anglais aux américains de Circor ce que je suis en train de vivre ! Les grillons agrémentent le tableau tandis que
la lune se lève. Mimi fait sa tondeuse habituelle et ne rechigne plus à nous suivre quand on la déplace car elle commence à comprendre que c’est pour la mener à de la meilleure herbe. On se
couche à 20H30 ce soir, pour la première fois, je passe une nuit paisible et récupère de la fatigue accumulée.
Mercredi 6 Mai 2009
Départ à 8H, nous prenons le temps de plier nos affaires, s’occuper de Mimi et de déjeuner. Cela nécessite entre 1H30 à 2H, sans compter les quelques fantaisies de la mule qui n’aime
pas bien qu’on lui mette le bât. Nous cheminons vers Aït Qualla, quelques côtes mais c’est plutôt tranquille. Nous passons non loin d’Anmitter, il y a même une pancarte qui
l’indique.
Nous traversons le village d’Ajilaum où les enfants nous accueille avec le traditionnel « Donne moi le bonbon ».
Mais cela s’arrête vite grâce à la séance de photos qui leur plaît beaucoup.
Nous finissons par les quitter au rythme « d’un, deux, trois, quatre » en français et en arabe.
Après Aguiloun nous attaquons la montée vers le col. Cela fait plus de 2h qu’on marche et la mule renâcle. Elle semble nous dire qu’on aurait du faire la pause plutôt. A force de la pousser, nous
arrivons quand même au col, elle boit longuement à la réserve d’eau qui l’attend là-haut. Nous lui trouvons un bon coin auprès de champs de blé, après qu’elle ait boudé le premier coin que nous
lui proposions. Evidemment, elle préfère rapidement grignoter les brins de blé par-dessus le muret. Deux jeunes garcons nous demandent un stylo nous leur offrons à la place amande et eau.
Ils me font éclater de rire lorsqu’ils me demandent où est mon 4X4. Je réponds du tac au tac en désignant le mulet : « Mais là voyons ! » Le contact est établi. Les gens sont
à chaque fois ébahis lorsqu’ils apprennent qu’il s’agit de mon mulet… A priori je l’ai acheté plus cher que la normal. Mais bon…
A peine arrivés au village d'Aït Qualla, nous demandons à acheter de la graine et une couverture pour
protéger la peau de Mimi contre les frottements du sac. Les deux messieurs qui nous accueillent le long du chemin nous offrent le thé, puis de dormir chez eux. Ils garent la mule à l’écurie, puis
lui apportent de nourriture et eau, et m’offrent la graine pour remplir mon sac.


On m’emmène visiter le village et le magnifique grenier avec ses portes peintes encore en service. Il est gardé par un gamin qui ne se sépare pas de ses deux énormes clés.
Les ruelles nous font passer sous les maisons parfois. Soudain on débouche sur la place de la mosquée, auprès de l’oued où sont alignés une partie des hommes du village, assis, tandis que les
dames s’affairent à ramener du foin, les mulets, les moutons ou chèvres.
J’achète deux boîtes de sardines dans un minuscule bouiboui. La nuit tombe et nous l’écoutons s’installer depuis le haut de la terrasse tandis que les lumières s’allument peu à peu. Instants
magiques. Appel du meszine à la prière. Je passe quelques coups de fil, puis nous dînons tous assis par terre. La maison est simple, grande mais comme la plupart très bien tenue. La maîtresse de
maison m’installe une bassine et de l’eau chaude pour que je puisse me laver. Je recharge mes batteries sur une prise, l’électricité est un peu chaotique, installé dans les maisons
traditionnelles. Et encore celle-ci est faite en partie en ciment. Je dors sur des tapis et couverture dans le salon avec Mohammed.

Jeudi 7 mai
Après un petit dej, café-pain-beurre-miel, je prépare Mémère avec l’aide attentive de toute la maisonnée. Ils
sont inquiets de me voir partir seule. Je quitte Mohammed et mes hôtes après avoir payé mon guide et remercié mes hôtes. Ils m’accompagnent jusqu’à la sortie du village. Je suis un peu
tendue, me voici seule avec mon mulet.
Ait Qualla s'en va...
La pause thé avec des bergers

Pour changer, je grimpe dessus, cela a un coté sympathique ! On
chemine ainsi jusqu’en haut du col, mais j’ai quelques difficultés à le gérer. Parfois, il s’arrête tout seul et j’ai un peu de mal à le « redémarrer », parfois il ralentit ;
j’ai mesuré 3 kms au GPS ! Je finis par descendre au col et reprendre le licol. Nous voici sur un vaste plateau herbeux où paissent moutons et chèvres. Tibhart n’est pas un village comme je
le pensais, seules quelques cabanes sont installées au milieu d'un vaste pâturage où des cowboys locaux gardent leurs troupeaux. J’en croise deux qui me posent les questions habituelles,
étonnés de me voir ainsi seule. Ils me donnent quelques conseils sur les chiens et pour faire avancer ma mule (notamment lorsque je suis juchée dessus), puis m’invitent à déjeuner avec eux.

Nous nous entassons dans un enclos à ciel ouvert qui leur sert de cuisine et
dégustons un tajine mitonné au feu de bois. Mimi en profite pour se goinfrer en liberté, chassant les autres quadrupèdes qui se seraient approchés. Quelle associable, alors !

Je pars ensuite à dos de mule avec Hassan pour cavalier, visiter les
habitations troglodytes que je n’avais pas remarquées un peu plutôt. Certaines sont en ruine, d’autres servent d’abri pour les bêtes ou de cuisine. Les chevreaux sont enfermés par des pierres
jusqu’au plafond. L’air est extraordinairement frais sous ces arches de roche. 
Les jeunes bergers sont là toute la journée, parfois la semaine, et font leur propre popote

De là haut on domine les pâturages ainsi que le terrain de football improvisé dont le gazon n’a pas à rougir devant celui du stade de France. Une partie de foot s’engage, je me mets dans l’équipe
Zaouira. Les gamins sont complètement excités et on prend des tas de photos. Au bout d’une demi-heure et de 3 buts contre 2 en notre faveur, je réclame grâce : le foot est incompatible avec
mon sport de marche quotidien.


Je reprends la piste accompagnée quelques temps d’Hassan. Il finit par me convaincre de dormir dans sa famille ce soir, au village de Tammast près de Tizgui. Je descends du plateau non sans
laisser Mimi brouter quelques temps de l’herbe fraîche ; elle a bien compris la routine maintenant et se montre beaucoup plus docile ! Je ne suis plus inquiète dans ma capacité à la
faire avancer sauf si je monte dessus : si le chemin est bien marqué elle avance à peu près, mais je n’ai pas encore trouvé les bonnes manettes car elle arrive toujours à s’arrêter et je
n’arrive pas à la faire repartir, à moins de descendre.

J’arrive au village que je crois être Tizgui mais on me dit que c’est aussi Tammast, Tizgui étant constitué de 4 villages accolés Je fais brouter la mule le long d’un canal gorgé d’herbe mais un
gars un peu désagréable car trop avenant me dérange. Je prends quelques photos du beau village fortifié et finis par monter sur la placette où un vieux vend de la quincaillerie, mais me voici
rapidement entourée d’un groupe de gamins curieux et un peu moqueurs. Je n’aime pas trop cette atmosphère et me montre carrément agacée quand le même gars qui me suit me demande mon numéro
de téléphone. Je l’envoie paître et retourne faire paître ma mule, de plus agréable compagnie en contrebas. Elle a d’ailleurs repéré l’endroit et y retourne sans se faire prier. Hassan n’arrive
pas et la nuit tombe. J’essaie de me faire indiquer sa maison, on me répond qu’il habite le village de Taouit à 2km plus haut. Trois gamins m’y accompagnent et j'arrive effectivement chez
Hassan... mais ce n’est pas le même !!
Je lui demande l’hospitalité pour la nuit et me voilà échouée au milieu d’une smala
de plusieurs familles vivant sous le toit d’une immense maison de construction moderne. Les femmes me questionnent avec empressement, les gamins courrent partout. Je montre aux hommes mon
parcours et la carte, goute au riz au lait (hélas non sucré !) dont se régalent les enfants qui y piochent à même la gamelle. Une des femmes, plus entreprenante, voudrait que je lui montre
toutes mes affaires, me demande si je m’épile même au pubis ! Allez savoir... Le maître de maison arrive et me salue, très affable, mais il ne reste pas longtemps. A chacun de mes
déplacements, je suis suivie par une dizaine de personnes adultes ou enfants, avec la bizarre impression d’être une bête de cirque. La fatigue aidant, j’obtiens de me coucher à 22h, évitant ainsi
le dîner. Mais c’est une sacré expérience que d’observer ces familles vivant en communauté ! Les adultes jouent beaucoup avec les enfants, les pièces sont à peine aménagées. Je dors dans
l’une des chambres où les enfants dorment sur des matelas par terre tout habillés, la maman restant avec eux pour allaiter à la demande le plus petit qui doit avoir un an. Je peux prendre un
douche, mais reste accompagnée, telle Louis XIV, jusqu’à mon coucher...
Vendredi 8 mai 2009
Lever 6h. On m’offre un petit déjeuner (pain-huile-beurre maison) en compagnie d’un des hommes de la maison.
Puis je suis à nouveau entourée de la smala qui s’est levée pour m’observer préparer mes affaires. Je quitte avec un certain soulagement le village et reprend le chemin inverse dans un jolie
vallée verdoyante, profitant de l’air frais du matin et appréciant de me retrouver seule avec Mimi.


Je repasse par Tizgui, puis file vers Eç-Sour. Je fais halte à midi quelques
centaines de mètres avant le village, auprès d’un oued pour faire brouter Mimi. J’en profite pour faire un peu de lessive et pique niquer, puis laver sommairement la mule qui n’omet aucune
objection. Une dame et une fille viennent me retrouver pour m’inviter à prendre le thé. La magie marocaine opère à nouveau ! Je ramasse mes affaires et les suit dans le village de Aït
Bourik. Je visite sa maison, fais connaissance de ses deux jeunes garçons et son mari mécanicien, puis me rends dans la maison de ses parents, très bien tenue et joliment peinte en bleu et blanc.
Ils élèvent une bonne trentaine de lapins dans la cour où les femmes cuisent le pain dans le four traditionnel.
Famille très sympathique ! Le papa a travaillé 3 ans à Cherbourg il ya bien longtemps, mais ne parle pas français. C’est sa fille qui utilise au mieux son français appris à l’école primaire.
La maman m’offre un pain fraîchement cuit.


Je repars entre quelques gouttes d’eau pour Eç-Sour avec Mimi contente de reprendre la route. Le village est mort, c’est le « jamaa », l’équivalent de notre dimanche et les boutiques
sont fermées. J’entre au fond d’un oued pour éviter le goudron et atteindre Igadaïn.
Je réussis à éviter le goudron en passant par le beau village de Mlalt, avec son grenier fortifié. Me voici
hélée par deux fermiers qui m’offrent le thé. Et c’est reparti pour un tour ! Cette fois-ci, on mange des œufs. Il me faut encore visiter leur champ, arbres fruitiers, jardin, rosiers et
arrêt spécial pour la pompe qui achemine l’eau à ses champs et ceux du voisin. Malheureusement, il faudrait creuser plus profond car l’eau manque mais l’argent non plus ne coule pas à flot. Ces
deux fermiers sont remplis de gentillesse et d’égards et leur « oui, madame », très scolaire, me vont droit au cœur. Ils me mettent sur la piste et peu après je quitte l’oued pour
rejoindre le goudron. La nuit tombe et Igadiin est encore loin. Le goudron n’est pas agréabl, j’essaierai de l’éviter demain. Je fais halte sur la route pour rire avec une jeune femme qui n’en
revient pas de me voir cheminer avec une mule, lorsqu’un 4X4 s’arrête et s’enquiert de ma situation.
Lorsque je dis que je cherche un toit pour la nuit, je suis invitée sur le
champ. Et voilà que j’entre peu après dans la plus belle villa du coin ! Contraste total avec les jours précédents. Je n’ai fait que 15km mais j’en ai quand même plein les pattes.
Mon hôte, riche boulanger de Rabat, est compréhensif. Il me fait visiter ses nombreuses pièces, parfois très bien meublées, parfois vides, puis m’offre des sandwiches fait maison, style kébab. Je
peux passer mes coups de fil, me doucher et me reposer lorsque je le souhaite. C’est une halte que j’apprécie, le confort n’est pas interdit s’il se présente sur ma route !
C’est appréciable de pourvoir ainsi s’exprimer facilement et converser. Il me propose comme beaucoup de mes hôtes de rester plusieurs jours me reposer mais j’aspire à marcher et reprendre la
route. Je souhaite aussi quitter cette vallée traversière et retrouver des coins plus reculés, regrettant un peu le caractère paisible et sauvage du Siroua.