9-12 mai : l'ami Nouredine

Samedi 9 Mai 2009

Je reprends la route après, luxe suprême : un pain au chocolat ! La mule vient se garer dans la cour, ce que je n’aime pas quand on me la prend ainsi, c’est que je ne sais pas si elle a bien mangé. On fait un peu de goudron et je parviens rapidement à bifurquer sur l’autre flanc de la vallée pour suivre une piste. Je tente de monter sur la mule mais dès qu’arrive un village, elle veut y rester et met le frein à main ! J’apprécie de cheminer un peu seule, tranquille sur une large piste. Finalement la solitude me pèse moins que je ne le pensais. D’abord, je donne beaucoup d’énergie lorsque je rencontre des gens  (et cela arrive souvent) puis avec Mimi, je ne me sens pas seule, c’est une attention permanente. D’ailleurs, elle profite d’un coup de fil que je passe à Sylvain pour faire demi-tour. Lorsque je raccroche elle a disparu ! Heureusement, elle n’a pas encore trouvé la 4eme vitesse. J’apprends ainsi qu’une mule préfère cheminer sur les sentiers qu’elle connait, ce qui explique ses ses demi-tours réguliers.

J’atteins le goudron en fin de matinée et chevauche la mule qui garde un rythme correct sur un route bien marquée.

C’est ainsi que nous entrons toutes deux dans Agouim, fin de notre premier tronçon et premier village un peu moderne du trajet. C’est un bled fréquenté sur la route de Marrakech-Ouarzazate.







Et en plus je tombe le jour de souk. Je commence par accrocher un rétroviseur avec les bagages et dois m’acquitter de 60DH pour remplacer la pièce. Le propriétaire du véhicule me court après pour m’en avertir. Après un peu de négociation j’arrive à faire baisser le prix initial de 100DH. Je gare ensuite mon 4X4 devant un magasin qui vend le blé. Un monsieur en costard cravate (Mimi lui éternue sur le costard alors qu’il s’apprête à lui essayer la bride !) m’aide à acheter le blé et une nouvelle bride car l’ancienne risque de lâcher. Je lui offre le thé en échange puis un tajine pour notre repas. Pendant ce temps, Mimi s’impatiente et gratte la terre comme à son habitude. Nous conversons un moment avec Olivier et son épouse marocaine, un français que mon aventure interpelle. Ils souhaitent s’installer du côté de Telouet au Maroc. Mohammed Kamchich voudrait m’inviter dans son village d’Ighem mais je n’ai pas envie de faire du goudron  et maintiens mon idée de passer par les montagnes et la bergerie de Calla Cfiya. Je m’apprête à remonter vers les montagnes après avoir quitté le goudron et traversé l’oued alors que je demande mon chemin à deux jeunes gars. Ils m’accompagnent jusqu’au village d’Inkal, et l’un d’entre eux, Nourredine entame la conversation. Ils discutent entre eux et me proposent de passer par un autre chemin, plus connu qui passe par le village d’Ankrim. Demi-tour, nous voilà tous les 3 longeant l’oued et pataugeant dans les marécages avec Mimi qui perd la tête au milieu de ces belles herbes. Nous arrivons au village  et je décide de rester là pour la nuit.

Nourredine m’installe dans leur maison moderne tandis qu’Abdellah rentre dans son village. Nous dinons d’un excellent couscous dans la maison traditionnelle que le reste de la famille à part Nourredine n’a pas voulu quitter. Nourredine passe son bac dans quelques jours à Ouarzazate puis entrera à l’université d’Agadir ou Marrakech. Le travail de son père dans le batiment apporte un bon niveau de vie à la famille tout en restant bien impliqué dans la vie locale. Je taquine Nourredine qui se définit lui-même comme « l’exemple du village » : un garçon travailleur et serviable qui est souvent appelé en intervention. J’en ai un exemple pas plus tard que cette nuit puisqu’on lui demande d’emmener une femme qui va accoucher  la maternité d’Ouarzazate ! il passera dons une nuit blanche. Le lendemain matin, je décharge mes photos sur son portable pour qu’il puisse les envoyer à Sarah. Malheureusement son internet ne fonctionne pas.

Dimanche 10 mai 2009

Toute la nuit Mimi, agitée, frappe du pied me poussant hors de la chambre de Nourredine.

Je prends le chemin du col accompagnée de Nourredine dont la maman m’a placée sous la protection. La montée est magnifique et l’ambiance sympathique avec Nourredine, sous fond de taquinerie sur ses capacités de guide.

Nous plongeons dans une superbe vallée et gagnons le fond de l’oued, rejoignant ainsi un gros troupeau de moutons et leurs bergers. Le paysage est splendide aride avec un fond d’oued sablonneux dans lequel Mimi bien évidemment cherche à se rouler avec les bagages. J’empêche les bergers de l’aider à se relever à coups de pied. Nous n’avons pas toujours la même notion du respect porté aux animaux. Nous prenons le thé ensemble sous une espèce de pins parasol. L’oued est à sec mais ils ont creusé des trous d’où surgit l’eau pour abreuver les bêtes. Un peu plus loin, sur le fond de l’oued nous atteignons Calla Cfiya, village abandonnée malgré un réservoir d’eau encore bien alimenté et des arbres fruitiers.

Seul y persiste un berger Sidi Mohammed, qui vient là pour y tondre les moutons. Quelle atmosphère étrange que ce village presque abandonné ! Nous pique niquons avec le berger qui ne manque pas de me tripoter à la moindre occasion de ses mains de fer (des années à manier les ciseaux à laine, cela vous forge une sacré poigne !)








Nous visitons sa cuisine et y prenons le thé pendant que Mimi se remplit la panse. J’évite de rester seule avec le berger qui me reluque d’un peu trop près. Je lui offre de quoi alimenter ses prochains rêves !





Dans ce hameau, un mausolée a été construit et y venir en pèlerinage amène soit disant la « baraka ». Des familles y viennent encore chaque année y préparer le couscous. Auparavant, ce village était un centre connu pour y apprendre les danses et musiques berbères.


A peine quitté ce cher Mohammed, je raconte à Nourredine le comportement peu respectueux du berger et mon ami, furieux, veut y retourner s’expliquer avec lui ! J’ai toutes les peines du monde à le calmer !! Nous suivons toujours les méandres de l’oued jusqu’au village de Aït Aziz qui n’était pas bien situé sur ma carte. Nourredine y retrouve ses amis et nous y passerons la nuit. Ce splendide hameau, encore privé d’électricité mis à part quelques chanceux équipés de panneaux solaires domine un long canyon que nous avons suivi cet après midi. Les roches calcaires semblent avoir été fracassées et lachées le long des pentes par quelque géant.

Après le traditionnel thé dans la maison d’Hossein, nous arpentons à pied des falaises à la recherche d’hirondelles, des anciennes maisons troglodytes préhistoriques et des magnifiques points de vue sur le canyon. Les grottes préhistoriques ne sont malheureusement plus accessibles, les échelles pour y grimper ayant disparu.

La journée s’achève par une grande séance photos pour les enfants. Nous prenons le thé dans une autre maison du village où je tente de rédiger mon carnet de bord, puis repartons diner dans une troisième maison accolée à celle où nous dormons. Je passe un moment privilégié avec les femmes qui préparent des brochettes de foie et à prendre des photos des enfants et jeunes filles à la lueur des bougies.

C’est avec regret que je quitte nos échanges complices et éclats de rire pour aller diner autour d’un tajine avec les hommes. Privilège de l’européenne qui a accès à la fois à la cuisine et à la salle de réception, aux mondes féminins et masculins ! Quoique dans les campagnes la femme siège avec nous lors des repas dans une simplicité bien appréciable.

Nous dinons en compagnie du « Haj », l’ancien de la famille qui me prouve avec sa carte d’identité ses 83 ans. D’ailleurs, il sera à la tonte des moutons demain. Je me félicite d’avoir choisi de faire la transition Agouin-Telouet à pied, cette vallée perdue est une merveille. La piste ayant été creusée jusqu’au village, je me promets d’y revenir à l’occasion en 4X4. Nous jetons un dernier coup d’œil aux étoiles avant de sombrer dans un sommeil réparateur.

 

Lundi 11 mai 2009

Lever 6H, le soleil est déjà levé lorsque nous prenons le petit dej traditionnel : café au lait apin beurre huile d’olive.

 Dernière séance photos avec les enfants et bien sur tout le monde assiste à la préparation du sacro saint mulet super star.  Nous faisons halte sur le chemin pour rendre visite aux tondeurs de moutons.


L’ancien préside la séance en préparant le thé que nous devons boire bien sur ! On me demande de ramener des ciseaux de France la prochaine fois mais à mon avis, c’est plutôt la tondeuse électrique que je trouverai par chez nous !





Hossein semble décider à nous accompagner sur un bout de chemin. Et c’est à 3 que nous cheminons sur un terrain sec de silex et de calcaire.  Les espaces ressemblent étrangement aux Causses Méjean, vagues souvenirs de jeunesse qui remontent à la surface.. L’ambiance est sympathique, nous échangeons chants français et berbères en cheminant gaiement.

 
J’essaie de trouver des vestiges d’armes préhistoriques dans le lit de silex que nous foulons. Hossein répète tout ce que je dis avec un air de gamin ce qui donne « Mimire » pour avance memère. Hilarant !

 Nous basculons dans la vallée de Timountout-N-Oufella que nous surplombons. Hossein s’arrête acheter du pain tandis que nous remontons l’oued sur fond de galets sablonneux.

Le vent s’est levé et refroidit rapidement l’air mais gare aux coups de soleil. Hossein tient à se mettre lui aussi de la crème solaire tandis que Nourredine se lamente de ressembler de plus en plus à un berger avec ses baskets, son pantalon terreux et ses coups de soleil ! Il est décidé à m’accompagner aujourd’hui encore mais n’a pas emmené grand-chose dans son sac à part des bouteilles de coca et fanta.




 
Pause déjeunée au dessus d’une arche protectrice. Mimi vient réclamer ses pommes et son pain faute de belle herbe. Nous devons l’empêcher de s’assoir à notre table. Hossein s’étonne à midi de midi de me voir distribuer les portions, normalement c’est le rôle attribué à l’homme. Séance lessive pour moi et baignade pour Nourredine. Nous repartons en milieu d’après midi, faisons halte à Imirgnane pour faire boire la mule à la fontaine et rattrapons le goudron qui mène à Telouet. L’après midi s’achève et je décide de camper. Hossein nous trouve un coin sympa dans une mini vallée en contre bas de Telouet mais je me rends compte que mes deux compagnons n’ont rien prévu pour la nuit.  Hossein qui devait aller chez son frère dit qu’il habite trop loin, Nourredine appelle un ami qui a une voiture pour qu’il vienne le chercher. Tout ceci commence sérieusement à m’agacer ! Nourredine se plaint qu’il ne peut pas dormir sans couvertures et que je n’ai qu’à me débrouiller avec Hossein. Je donne 40DH à Hossein pour qu’il récupère des couvertures dans une maison voisine. Cela leur prend une bonne demi-heure pour en discuter, les histoires m’exaspèrent et minent l’efficacité. Curieusement, ils n’osent pas aller demander aux inconnus des services ou un hébergement, ce que moi, je fais très souvent pour arriver à voyager ! On n’est pas prophète en son pays. Je plante la tente tandis que Nourredine qui a décidé de rester avec moi va chercher du bois. Hossein revient alors que nous avons déjà attaqué la soupe. Ils n’apprécient que moyennement mon menu de cuisine déshydrathé ! Il a finalement été jusque chez son frère mais garde les 40DH et ramène des couvertures à Nourredine. L’atmosphère se détend autour du feu.

Nourredine insistant pour rediscuter car il a bien vu que j’étais contrariée de leur irresponsabilité et de leur opportunisme, tout particulièrement vis-à-vis d’Hossein. Mon Dieu ! que les marocains aiment faire des histoires ! Pour moi l’incident est clos. J’avais préparé l’auvent pour que Hossein puisse dormir ici mais il repart chez son frère.

Je perds mon portable en fin de soirée que Nourredine retrouvera le lendemain dans l’herbe. Pendant ce temps, Mimi bien loin de ces considérations s’en met plein la panse. C’est un baptême de camping pour Nourredine, peu habitué aux conditions sommaires de la vie en plein air. Les étoiles s’effacent peu à peu au profit du lever de lune.


Mardi 12 Mai 2009



Lever plutôt tard ce matin. J’ai décidé de faire une bonne nuit et de prendre une journée de répit. Hossien nous rejoint pour le petit dej avec au menu : pain-café-nutella et la semoule au chocolat déshydraté. Hossein part rapporter les couvertures à son frère tandis que nous gagnons Telouet.

Je fais quelques courses de ravitaillement dans ce bled endormi en dehors de jour de souk, à peine secoué par les passages des 4X4 de touristes qui font halte pour visiter la casbah du Glaoui. Je m’installe à l’auberge Tizi, ouverte il ya un mois dans le style casbah locale.



J’apprécie de retrouver un peu de confort mais surtout de ne pas dépendre des familles qui demandent beaucoup d’énergie en communication et m’impose de m’adapter à leur rythme et leurs horaires. Comme ils ne dinent guère avant 22H, j’ai accumulé une grosse fatigue et j’apprécie un petit havre personnel le temps d’une halte. Finalement depuis mon départ, je n’ai été seule que quelques heures.

Je pars visiter al casbah du Glaoui avec Nourredine. Ce bâtiment qui tombe en ruine révèle des joyaux de Zellije, décoration, sculptures, qui évoquent la splendeur de l’ancien dictateur qui régna d’une main de fer sur la région d’Ouarzazate avec la bénédiction des colons français. Je croise des touristes français ou anglais, cela me fait un peu bizarre après plusieurs jours en immersion totale. Ici, je suis plus considérée de la même façon, le passage des touristes fait son œuvre. Nourredine et moi dinons d’un tajine tandis qu’Hossein préfère rester avec un de ses amis. Le copain chauffeur de Nourredine arrive et l’heure du départ sonne, non sans avoir auparavant pris une tasse de thé chez un copain du frérot de Nourredine qui tient une boutique de tapis et de bijoux. Au moment de se quitter j’ai la mauvaise surprise d’apprendre qu’Hossein me réclame 50DH pour rentrer chez lui car il n’a pas d’argent sur lui. Je proteste car je n’ai jamais demandé qu’il m’accompagne et les choses auraient du être réclamées au départ. Nourredine propose de payer mais Hossein ne veut pas ! Je n’apprécie pas qu’on me prenne pour une vache à lait et me reproche de n’avoir pas mis les choses au clair dès le départ. Nourredine est également contrarié mais n’ose guère s’opposer à Hossein. Je finis par les planter tous les deux et regagner mon auberge. Je donne 200DH à Nouredine pour contribuer à ses frais d’essence et permettre à Hossein de rentrer chez lui. Drôle de fin, mais je garde bon contact avec Nourredine dont j’ai apprécié la compagnie au cours de ces deux jours. Délicat et prévenant sans attendre de retour (même si parfois je finis par douter de tout !)

Je finis la journée tranquillement à l’auberge, lisant, écrivant, terminant ma lessive et préparant mon itinéraire des jours suivants. J’appréhende un peu les jours suivants car la région sera plus touristique et j’ai trop d’avance par rapport à mon rendez vous avec Sylvain et Fabien. C’est un peu usant de ne pas pouvoir avancer comme je l’aurais voulu et je regrette un peu d’avoir sous estimé mon avancée. Mais je préfère avoir de l’avance que de devoir bourriner et je ne veux pas changer de lieu de rendez vous car cela risque d’être compliqué. Eh bien, je vais flâner en chemin et prendre du repos !

 

 

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